Prisonnière de son coeur - Chapitre 2 : Relation tacite

Crédits ? 
 
Sagement assise au centre de la pièce principale de l'appartement, je fixe Zack qui me tourne le dos. Je suis installée à une table en bois rectangulaire autour de laquelle figure trois chaises vides. La pièce est suffisamment spacieuse, mais l'endroit semble poussiéreux, bien que je devine qu'un peu de ménage a été fait. Les murs sont faits d'un enduit à la chaux gris anthracite relativement sobre. Un parquet marron foncé orne le sol. À ma gauche se trouve une porte et à ma droite, deux autres portes dont l'une étant ce que je pourrai appeler ma nouvelle « chambre ». Disons que ce mot me parait préférable à entendre plutôt que « pièce de séquestration ». Face à moi se trouve la porte d'entrée de l'appartement. Zack a dû l'installer lui-même. C'est une porte blindée avec plusieurs cadenas dont il semble visiblement satisfait. Je ne vais pas m'en plaindre, cette sécurité renforcée le conforte dans l'idée que je peux sortir de ma chambre sans avoir la moindre chance de m'échapper. Il y a aussi un petit espace dédié à une cuisine aménagée, à proximité de l'entrée.


La pièce n'est pas particulièrement lumineuse malgré la présence d'une fenêtre, car un gros volet empêche toute vue sur l'extérieur. Je devine que cela est très certainement volontaire de la part de mon kidnappeur. Par ailleurs, peu d'ornements viennent agrémenter l'espace, si ce n'est derrière moi un grand canapé légèrement abîmé par endroit ainsi qu'une étagère où trône une dizaine de livres. Je suppose qu'ils ont probablement été abandonnés par les propriétaires d'origine. 


Au bout d'un moment, Zack interrompt mon inspection et se retourne en brandissant une liasse de feuilles blanches et un stylo quelconque. Je brise alors le silence. 


— Tu vas enfin me dire pourquoi je suis installée là ?

— Parce que tu dois rédiger deux ou trois petites lettres. Il faut que ce soit tes mots donc je ne peux pas l'écrire à ta place. Je me contenterai de te relire et je ne tiens pas à voir un quelconque message codé.


Ceci ne me dit rien qui vaille. Je reste méfiante.


— Je peux savoir à qui je suis censée écrire ?

— Aux personnes qui sont susceptibles de s'interroger sur ta disparition. Comme la vieille femme de la librairie chez qui tu travailles. Tu n'as pas de famille et peu d'amis donc la liste n'est pas énorme.


Il marque un point. C'est un peu dur à entendre.


— Pourquoi veux-tu que j'écrive ?

— Simplement parce que je ne tiens pas à ce qu'on signale ta disparition et que la police fasse des recherches dans le coin. Si tu étais morte, cela n'aurait plus d'importance, seulement mes plans ont changé. Tu vas rester ici et moi, je m'occuperai de découvrir cette sale histoire dans laquelle tu trempes.

— Je vois. Dis-moi ce que je dois écrire...


Zack sourit. Il doit être heureux que je me plie à ses exigences. D'un autre côté, je n'ai pas vraiment le choix.


— Bien. Tu es tombée follement amoureuse d'un étranger. Vous avez vécu plusieurs semaines passionnées, mais il a dû repartir dans son pays d'origine. Tu as donc décidé au dernier moment de le suivre et tu as sauté dans son avion, juste guidée par la force de votre amour. Voilà ce que tu mettras sur papier.


J'ouvre de grands yeux et me retiens de rire avant de répliquer.


— C'est grotesque.

— Bien sûr que ça l'est. C'est justement pour ça que c'est crédible. Une orpheline qui abandonne sa misérable vie au nom de l'amour de sa vie, personne ne se posera de questions. Une bonne histoire à l'eau de rose que tout le monde gobera ! dit-il, en plaquant la liasse de feuilles sur la table.

— Eh, ma vie n'est pas misérable ! m'indigné-je. Regarde plutôt la tienne. De plus, je ne suis pas du genre à tomber éperdument amoureuse de n'importe qui.

— Fais attention à ton insolence. Mais... je peux encore arranger le dernier point, prétend-il subtilement.

— J'en doute, riposté-je. Jamais je ne pourrai ressentir autre chose que du mépris pour un homme comme toi.

— Hum. Ne te méprends pas ma jolie rose, moi non plus je ne pourrai pas t'aimer. En fait, il serait plus exact de dire que je ne pourrai plus jamais aimer quiconque.

— C'est un destin bien cruel que tu t'infliges. Attends... comment ça « plus jamais » ? Tu as déjà... aimé ?

— L'amour n'est pas uniquement comme tu l'imagines. Il existe sous toutes les formes. Mais au final, ce n'est qu'une futilité.

— Oh, oui, bien sûr ! L'amour est une faiblesse, blablabla...


Zack sourit une nouvelle fois. Différemment. Ma remarque a dû lui plaire. Je me demande qui est la personne qu'il a aimée... Après un bref soupire, j'inscris la date du 5 octobre 2014 et me lance dans l'écriture des lettres. 


Je repose le stylo à côté du paquet de feuilles, soulagée d'avoir enfin terminé. Zack n'a pas cessé de me fixer avec ses deux prunelles intenses.


— J'ai terminé. Tu es satisfait ?

— Hum, fais voir.


Le criminel prend les lettres dans ses mains et les parcourt du regard.


— Qu'elle bonne petite élève. J'y croirai presque. Ton écriture est...


Je le regarde en l'interrogeant des yeux, surprise.


— ... particulière. Tu écris bien.

— Merci. Je suppose.


La conversation devient étrange. Je ne dois pas perdre de vue qui est Zack, à savoir un tueur et non un sympathique un colocataire.


— Au fait... comment dire ? Je pourrai... prendre une douche ?


Le jeune homme me dévisage avant de répondre.


— Oui. La salle de bains est derrière la porte qui se trouve là –il désigne la deuxième porte après ma chambre- et si tu cherches les toilettes, c'est la porte tout à gauche. Tu peux aller dans la salle de bain, tu trouveras ce qu'il faut pour une toilette.

— Merci.


Tout ceci est vraiment très bizarre. J'ai l'impression de vivre dans un univers parallèle. Point positif, je vais pouvoir me relaxer un peu en prenant une bonne douche, ce qui semble être une chance dans ma situation. 


En entrant dans la salle de bains, ma première impression est plutôt positive. Je découvre une cabine de douche et un lavabo placé devant un miroir mural, juxtaposé à un grand placard bleu. Le mur est constitué de faïence blanc ivoire, de la même couleur que le carrelage au sol. Tout ceci ne me parait pas très neuf. Au moins, la pièce est propre. J'ouvre le placard pour y découvrir plusieurs serviettes de toilette noir et blanc et des gants en tissus aux couleurs identiques. Je prends un gant blanc et une bouteille de savon posée sur le placard (parmi d'autres produits) pour les mettre dans la douche.

J'ôte mes vêtements, un peu gênée. Zack est juste à côté, derrière la porte. Il n'a pas l'air d'un pervers. Allez, je me décide à entrer dans la douche avant de fermer le grand rideau. Je saisis le pommeau et fait couler l'eau doucement. Elle est à peine tiède, mais son contact est agréable. Mes muscles endoloris se décompressent doucement. Je peste intérieurement en me rendant compte que j'ai mal fermé le rideau. J'imagine que Zack serait capable de me tuer, littéralement, si je provoquais un tsunami dans sa salle de bains. Malheureusement, le rideau grisâtre fixé aux barreaux de la cabine se ferme difficilement. Agacée, je me penche en dessous pour mieux le tirer quand d'un seul coup, je reçois un violent choc sur le crâne.


— Rose ? Tu peux m'expliquer ce bruit ?


Zack... c'est sa voix. Tout devient flou autour de moi. Je suis tombée. Le halo de lumière provenant de l'ampoule au plafond s'abat sur mon visage. Ma tête me fait mal, j'ai l'impression de perdre connaissance.


— Rose, si tu ne me réponds pas, j'entre.


Il frappe à la porte. J'ouvre la bouche. Aucun son n'en sort.


— Très bien, j'entre.


Mes paupières papillonnent.


— Rose ?! Tu m'entends ? Eh ! Allez, ouvre les yeux.

— Mmm, Zack... balbutié-je.


Doucement, je reprends mes esprits.


— A... attends ! Je... je suis...

— Recouverte par le rideau de douche, me coupe-t-il en devinant ma gêne. Ne bouge pas, je vais te relever doucement.


Zack s'exécute et cale ma nuque sur son genou redressé. Je baisse mes yeux, ne voulant absolument pas croiser son regard noir pénétrant dans cette situation.


— Je peux savoir ce qu'il vient de se passer ? demande-t-il.

— Ah... euh... eh bien, le rideau se fermait mal alors j'ai voulu le tirer.


Le jeune homme soupire.


— Je vois. Tu saignes un peu, constate-t-il. Ça n'a pas l'air grave. C'est surtout le choc qui a failli t'assommer. Tu peux te relever ?

— Je pense, oui, acquiescé-je. Où sont mes vêtements ?

— Visiblement, ils sont trempés, dit-il en les montrant du doigt. J'ai coupé l'eau en entrant, mais elle a eu le temps de gicler partout.


Mal à l'aise, je m'enveloppe le mieux possible du rideau et me relève lentement avec quelques difficultés.


— Laisse-moi t'aider.


Alors que j'allais protester, Zack pose ses mains sur mes épaules nues pour me soutenir. Je ravale ma salive. Ce contact est certainement naturel, mais je me sens étrange. Peut-être est-ce dû au choc ? Encore un peu étourdie, je trébuche en me prenant les pieds dans le bas du rideau. Zack me rattrape, ses deux bras enveloppent ma peau légèrement trempée sur laquelle l'eau ruisselle. Je tiens le rideau fermement serré dans mes mains, calées tout contre ma poitrine et son torse. Nos deux corps se touchent, j'ose à peine bouger. Des frissons me parcourent l'échine. Je reste stoïque, gardant la tête baissée. Je ne veux pas rencontrer le regard de Zack, car je sais instinctivement que ses yeux me déstabiliseraient encore plus. Mais d'un coup, il se retire brusquement et me tourne le dos. Il semble crispé.


— Reste-là. Je vais te chercher des vêtements secs, dit-il froidement.


Sans rien répondre, je reste debout comme une idiote avec ce fichu rideau. Décidément, ce choc me laisse une sensation bien étrange. Pourtant, il n'a touché que ma tête. Alors pourquoi ai-je ce nœud dans la gorge et cette boule au ventre ? Pourquoi mon cœur bat-il si vite ?

Mon commentaire : J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. L'histoire commence enfin à débuter doucement. Rassurez-vous, Zack et Rose ne vont pas se tomber dans les bras tout de suite. En effet, le petit incident de la salle de bain va avoir des conséquences plutôt néfastes... je ne vous en dis pas plus. Essayez de deviner ! Et surtout, laissez-moi vos avis. Toutes les critiques sont bonnes à prendre à condition qu'elles soient constructives. Recevoir des avis est à la fois une source de motivation et un enrichissement personnel. Merci de m'avoir lu !

Partager ce post :

2 commentaires:

  1. Salut Yunie ! Comment vas-tu ? =)
    J'avais remarqué que tu avais choisi de changer de plateforme et bien que j'ai mis du temps à venir commenter ce nouveau blog, me voilà.
    C'est toujours un plaisir de te lire, d'ailleurs si je ne m'abuse tu as rajouté certaines scènes à Prisonnière de son coeur non ? j'ai hâte de lire la suite ainsi que "Forbidden love".
    Bisous et bonne continuation à toi,
    Auré-chan de Skyrock.

    RépondreSupprimer
  2. Coucou Auré-chan ! Je suis agréablement surprise de recevoir un de tes commentaires. :D Depuis le temps je vais plutôt bien et toi ?

    Alors oui, j'étais attachée à Skyrock mais le fait est que Blogger est un hébergeur beaucoup plus "mature" et plus "libre". Skyrock est soumis à certains stéréotypes aux yeux de certaines personnes et quand des gens voulaient que je leur donne l'adresse de mon blog c'était dur de me prendre au sérieux avec un Skyrock... :/

    Sinon c'est exact, j'ai effectué un petit "remaniement" à Prisonnière de son cœur ! Ma manière d'écrire s'est améliorée et cette histoire me tenait vraiment à cœur. D'ailleurs, peut-être que c'est elle que je chercherai à éditer (en l'améliorant encore !) si je suis un jour en mesure de le pouvoir. Mais donc, pour la publication sur ce blog, j'avais de nouvelles idées en tête et j'ai décidé de la réécrire complètement. De cette manière, même les personnes qui avaient lu le début seront surprises par certains changements…

    A part ça, je suis contente que quelqu’un pense à Forbidden Love ! Quand Prisonnière de son cœur sera terminée, Forbidden Love prendra le relais !
    Au fait, comme sur Skyrock tu peux poster ici un commentaire avec ton pseudo et ton blog au lieu d'apparaître en anonyme. ;)

    Merci encore pour ton passage. Bisous :)

    RépondreSupprimer

Aide pour envoyer un commentaire : cliquez sur Sélectionner le profil puis choisissez comment vous souhaitez apparaître. Par exemple, Nom/URL pour poster avec un pseudo, Anonyme pour poster en anonyme, etc...